dimanche 2 avril 2017

L'unique veine - 2006

L’UNIQUE   VEINE



2006


           

 



Trois voix s’entremêlent,
se croisent, s’interpellent,
l’une est celle de l’esprit
l’une encore est celle d’un guide
voix du poète qui prophétise
de plus grandes écritures,
la dernière voix
celle de l’auteur,
tente des réponses
se fraie un passage.



Toutes ont cette volonté
de débroussailler autour de l’être
afin d’éviter qu’il périsse étouffé,
toutes ont cette volonté de conduire l’être
vers la seule lumière possible :
celle de l’éternelle source de vie
qui circule de l’univers à l’être
et de l’être à l’univers.













Puissant est le songe et toujours maladroite
en est l’interprétation, la traduction.





 


 « Avoir été, quoi qu’on en dise ne suffit pas pour être. Et il faut être puisque nous y voici. l’unique pauvreté »

A. GUERNE    Le temps des signes






Le verbe était devenu cette cordée
qui avance malgré le vent, le brouillard
et même la foudre.








J’imagine le vent et j’imagine l’orage
la pierre instable, le roc solide,
j’imagine les éléments contre nous
et les puissantes marées du sommeil,
j’imagine lové à nos pieds
le grand serpent du soleil,
j’imagine la vallée
et les crêtes alentour,
une plaine toute en blé
qui ondule comme la surface de la mer.
J’imagine notre traversée
nos âmes debout de l’autre coté
débarrassées de toutes amertumes,
de toutes craintes,
enfin réunies
loin des ciels taciturnes,
unies dans leurs ombres
comme dans leurs versants vermeils.
J’imagine cette veine devenue nôtre
et notre effort de naissance
pour émerger ici entre récifs et collines,
j’imagine cette lumière qui traverse nos corps
et je vois cette humanité qui en ses temples élève
autant de  troupeaux immenses de veaux d’or
qui vont férocement, stupidement la piétiner.






 


Image combien aberrante de la faute originelle
qui condamne toute une humanité !
la lumière elle, traverse,
sans se préoccuper du jugement
si misérable des hommes !







Je  ne vous parlerai  pas ici de l’ancienne dualité,
je ne vous parlerai pas ici d’enfer ou d’éden,
de damnation ou de rédemption,
je laisse cela aux seuls fanatiques
et à leurs sermons enfiévrés !
Je laisse cela à ceux qui se réclament
d’un dieu de miséricorde
pour alimenter leur haine
et assouvir leur faim de crimes !




La lumière circule
elle ne connaît ni étages supérieurs
ni étages inférieurs,
elle est onde,
particule,
elle aussi évidence,
pulsation du monde.

Devant nous s’étend l’obscurité,
et cette obscurité est différente de la nuit,
cette obscurité n’est pas semblable à la nuit.

Nous l’avons nourrie de nos peurs,
de nos colères,
de nos doutes.

A cette obscurité
nous avons donné une épaisseur
une présence,
nous y avons placé nos effrois,
nos actes de guerre,
et cette obscurité a grandi
avec la folie de tous les hommes,
à cette obscurité-là nous avons donné 
son poids de cadavres et de sang.




 


Les pierres parlent aux pierres
Les arbres parlent aux arbres
Les fleuves parlent aux fleuves

Mais vous à qui parlez vous ?
et qui pourrait vous répondre
à la place de la terre, des racines et des eaux ?




Je vois mille soleils sur la ligne
et sur cette ligne mille soleils alignés,
je vois une ligne traverser mille soleils,
mille soleils saluer la seule ligne.

Je vois une main, tout un peuple de mains
et derrière chaque main une vibration
un verbe tout de frémissements et de signes,
un verbe émergeant de nos brouillards
de nos incertitudes toujours présentes,
toujours flottantes.

Je vois comme une vaste demeure ;
autour, des arbres à la rouge écorce,
je vois des jardins et des chemins de pierres,
je vois le ciel s’ouvrir
sur une lumière
que l’on ne peut décrire.

je vois tant de choses si ordinairement imperceptibles,
je les vois aussi réelles que toutes choses ici-bas,
je vois l’âme mais non au sens religieux,
je vois le temps en dehors du temps mesurable,
je vois toute chose
comme un élément d’une unité disparue,
Je vois
et je ne suis fils ou esclave de la vision,
Je vois la montagne
et je vois la plaine,
j’exerce mon regard,
le polis à l’angle de la pierre,
fauche en ouvrier solide
les franges des nuées. 






 
La parole est une montagne,
qui es-tu pour te dire au sommet de la parole ?




 

Il n’y pas de sommet
que tu ne puisses
en cette vie humaine,
atteindre.
Interroge-toi ! 
et tu verras apparaître mille autres montagnes semblables,
mille autres cordées semblables !
Grappes d’âmes toutes persuadées
d’atteindre avant toute autre
leur sommet !

Et en imaginant même qu’elles y parviennent
ces folles, ces téméraires cordées,
de là-haut que verront-elles ?
des âmes en sueur, des corps en souffrance ?
Elles verront enfin d’un coup tout le spectacle
malheureux, pitoyable de leurs anciens efforts,
elles mesureront alors l’éternité de leur orgueil !  





 

Etre tour à tour
Terre, ciel et feu.
Le feu brûle la terre
et tend vers le ciel
ses langues rouges,
furieuses.
Le feu aussi nourrit la terre,
la prépare,
la terre doit accueillir le feu
comme elle accueille les offrandes du ciel,
et le ciel sur tout cela
a son règne de lumière.




 
« Nous allions notre chemin ;
et le chemin nous allait. »

A. GUERNE    Le  temps des signes





Ce chemin était nôtre
et nos pieds jamais n’y furent blessés.
Ce chemin était nôtre
comme était nôtre cette conscience
que nous avions de ce chemin
et de cette marche commencée sur le chemin.

Ce chemin était nôtre car nous l’avions choisi,
pas d’autres mystères ici,
notre souffle était notre guide
il nous avait conduits là,
pas d’autre raison à cela
celui qui cherche se fourvoie,
celui qui n’attend personne
reçoit une visite,
celui qui veut tout expliquer s’aveugle,
pas de raison à cela.

Ce chemin,
nous pouvions en réinventer
aujourd’hui chaque courbe
pour l’unique raison
que nous l’avions déjà parcouru en tout sens,
que nous en connaissions
parfaitement tous les accidents.





 

Ce chemin était nôtre
notre désir de marche en avait fait surgir
chaque détour,
chaque pierre,
chaque fossé,
chaque arbre qui abrite la grande fraîcheur du temps. 




Ce chemin nous l’avions déjà  rêvé
et nos pas reconnaissaient à merveille
les traces de nos précédents passages.





Notre âme est peut-être l’ensemble de nos anciennes vies
qui reviennent sur les mêmes lieux.
C’est pourquoi ce que nous croyons déchiffrer ici-bas
en tant que signes ne sont que les mêmes signes
que nous y avions jadis déposés.






 



Votre force ici n’est que faiblesse
ce que vous nommez force est grande faiblesse,
ce que vous désignez comme faible rayonne !



 




Vous êtes dans l’erreur
parce que vous ignorez l’erreur,
l’erreur n’est pas le contraire de vérité,
vous êtes dans l’erreur
car vous croyez  en la vérité,
car vous croyez en une seule vérité,
acceptez la présence,
l’universalité de l’erreur
et vous commencerez véritablement à marcher.

Enfant, vous avez découvert vos jambes
avant de savoir marcher,
mais vous ne saviez pas
que vous pouviez leur commander,
vous ne saviez pas encore
qu’elles appartenaient
à votre être,
vous êtes aujourd’hui comme cet enfant
vous percevez de temps à autre
l’existence probable d’une  âme,
vous l’admettez parfois
mais vous doutez qu’elle soit vôtre
vous ne soupçonnez pas la puissance de son aide.

Ce que vous nommez ici votre force
vous conduit souvent à votre perte,
ce que vous considérez ici comme faiblesses
sont les armes  magnifiques de l’âme,
ces armes ne sont ni de fer ni de sang,
elles ont été plongées dans le sel de la lumière,
elles sont vos mains
elles sont devant vous !
Mais dans votre fière ignorance
vous les avez  toujours négligées
vos mains sont vos armes de lumière.








Les présences du fleuve et de la forêt parlent par énigmes :

« il faut écarter les hautes herbes
pour apercevoir la quille d’une barque
qui nous attendait là depuis l’aube »

Seul le jour peut permettre cela.




 





Là où brûle la lampe,
L’obscurité veille





 



A ce jour tu es lampe
sur la nuit des hauteurs
à ce jour tu es lampe
tu n’avais rien vu venir alors.







C’est l’arbre qui parle
mais c’est le vent qui souffle,






peu importe le son,
peu importe le timbre,
celui qui souffle
n’est pas celui qui a inventé le creux.

Tous participent à ce grand mouvement de l’air,
celui qui entend comme celui qui souffle,
tous participent à ce chant
qui se libère de sa gangue de terre
et vole vers la lumière.




 



« Il nous parle interdit à grands mots de silence
et parfois il se tait le feu. »

A. GUERNE       Le temps des signes





Interroge !
Interroge le vent, la pierre, le mur, l’arbre
interroge le sable, la mer, la montagne,
interroge le ciel,
interroge le silence comme la clameur
interroge ta peur,
interroge tes visions,
interroge-toi sans cesse,
interroge le verbe,
interroge le moindre murmure,
le moindre bégaiement,
interroge tes membres,
le discret tremblement de tes membres,
interroge tes pieds,
interroge tes mains,
interroge tes yeux,
interroge ton corps entier,
interroge le monde,
interroge tout ce qui fait cercle autour de toi,
puis libère-toi de toute interrogation
pour entendre toutes les réponses.









Il vous faut ni pouvoir, ni vouloir,
le seul verbe est croire,
croire en la lumière,
croire en cette possibilité de lumière
c’est déjà entrer dans la lumière.








Il nous faut traverser les Églises
et ne pas nous y arrêter.
L’être nouveau ne veut adorer aucun dieu,
l’esprit nouveau ne veut ni temple ni tombeau.

Nous devons attendre la chute
de ceux qui portent le masque,
nous devons attendre cette chute
sans la désirer ni la provoquer.

L’écriture doit être cette main qui dénude,
qui révèle,
l’écriture doit être cette main
qui ôte les parures,
l’écriture doit être cette main
qui apaise les brûlures.

Et c’est par cette écriture
que nous serons encore debout
pour saluer la première aube du monde.





 



Le corps est la porte,
ne méprise pas la porte,
garde-toi de tout ce qui peut la tenir fermée
et accueille tout ce qui peut la maintenir ouverte.



 



C’est là où toute humanité se trompe,
le corps n’est pas un temple
ni un lieu de perdition,
il ne doit susciter ni l’adoration ni le rejet,
toute religion qui l’accable se nie elle-même,
toute philosophie qui le vénère
le transforme en simple objet,
quand le corps disparaît
la porte s’efface, mais la demeure reste !
La lumière y est même plus vive
elle peut  alors s’y déverser à grands flots.






Aimer le corps
ce n’est pas le réduire aux frontières connues du corps,
aimer le corps
ce n’est pas le réduire à ses fonctions organiques,
aimer le corps
c’est comprendre qu’il est cette porte
qu’il nous appartient seul d’ouvrir.












 « Sous le déluge incandescent de la vision
la voix s’aveugle et se tait comme neige;
Mais ce silence soit ! qu’il tombe ou se relève,
Regarde : tu es seul devant ce seul hiver. »

A. GUERNE     le temps des signes






J’entends cette voix
mais elle n’est pas voix au sens physique du terme,
cette voix est différente d’un monologue intérieur,
c’est une voix d’évidence,
une voix qui s’impose,
une voix dont on ne peut refuser
ni le sens ni la profondeur.

Toute la difficulté est de la transcrire,
de la rendre visible après l’avoir entendue,
cette mise en lumière est laborieuse, 
il nous faut prendre nos outils,
retailler la pierre,
pour retrouver la gemme première.

Longtemps,
il nous faudra oeuvrer,
et c’est éclat après éclat,
à force de patience,
de dextérité,
que nous nous approcherons du cœur de la pierre.

C’est, je crois, l’immense travail de la poésie.



 

Prenez garde aux adeptes, aux disciples du manque,
aux virtuoses du verbe,
ils viennent vers vous avec leurs promesses d’Eden
et très vite dévoilent la véritable nature de leurs corps :
tant de bouches avides toutes hérissées de dents !







 

 « Pendant que  je sommeille, quelque chose veille en moi,
qui dort pendant que je veille »

A. GUERNE     La nuit veille




Je veille et la nuit même m’apparaît secondaire,
sans relâche je compte mes doigts,
le nombre est immuable,
je m’astreins chaque jour à dénombrer le visible.

Bientôt,
la nuit viendra me dérober la vision même de mes doigts.


Néanmoins,  je continuerai à les compter.
Le nombre est immuable,
le jour au moins m’aura appris cela.







Veillerez-vous encore en ces mondes
où les corps filent vers des Orients imaginaires
où les corps désorientés défilent
sur des écrans que l’on dit révolutionnaires ?

Veillerez-vous encore au bord de cette rive
qui attend le pont et ses trois arches solides ?

Veillerez-vous en ces nuits froides, brumeuses
où le visiteur inattendu allume un feu
et s’endort dans sa haute solitude
tressée d’arbres rouges et d’herbes savantes ?

Veillerez-vous encore
sur toutes ces lignées de veilleurs ?
Et à la lisière des forêts futures
veillerez-vous sur un monde
qui aurait encore volonté de s’éveiller ?






 


En  toute situation ne travaillez pas contre ou pour la lumière
 mais avec la lumière.


























































« Ce feu, toujours ce feu.
Oui te voici
Puisque tu es le jour,
Puisque chaque heure
Écoute, écoute ! a le don d’éclater
Retentissant comme un soleil
dans ta main constellée :
Parce que te voici et tu es nudité. »


A. GUERNE    Le temps des signes





Je vous rejoins donc en ces espaces indomptés
où s’offre la parole de glace et de feu,
comme un océan sans limites
pour nos corps finis, mesurés.

Je vous rejoins fruits naturels de la lumière,
je vous rejoins fruits féconds gorgés de soleil,
Je vous rejoins O multiformes !
Esprits présents jusque dans le crin des chevaux !
Je vous rejoins en cette farandole
des âmes joyeuses
autour de l’arbre séculaire.

                                            

Je me déleste ici de mes peaux mortes
et ne veux apaiser la fureur des flots,
apprivoiser le souffle.

Je reviens sur des ruines anciennes
bâtir une nouvelle cité du soleil,
je reviens accomplir ce qui doit être accompli,
je reviens et vous abandonne
le poids de mes âmes dispersées,
j’aspire à la mue
et je m’ouvre en cette nuit
au grand continent.














































 « Océan de sommeil je suis votre noyé.
Ah ! Quelle était cette tempête ?
Quel est ce souffle très léger
comme un oiseau de l’aube,
une aile de l’aurore ?
Éblouissante, éblouissante obscurité »


A .GUERNE    Le temps des signes








Me suis-je noyé seul et en quel temps ?
Me suis-je trompé de terre ou de sillage ?
Ais-je perdu cette force vivante en mes veines
me suis-je perdu à force d’explorer
fausse volonté ! 
mes propres abîmes ?
Me suis-je noyé seul,
aveuglé par ma double naissance ?
Ai-je toujours attendu cette heure heureuse
où l’écume se retrouve mêlée au sable
me suis-je noyé en cet effort incessant
entraîné par la pierre trop lourde de ma conscience ?
Me suis-je volontairement noyé
afin de recommencer ici même
un autre cycle de vie ?


 




En tout lieu je suis,
mon Église n’a nul besoin d’église.






Tout lieu est ma terre,
tout lieu est mon ciel,
il n’y a pas de pierre sous laquelle je ne suis pas,
pas un seul arbre où je ne respire,
pas une seule rivière où je ne coule,
ne me cherchez pas sur un autel
derrière une idole, une icône,
ne me cherchez pas là où je ne peux pas être,
mais là où je suis,
là où j’ai été avant d’être.






Il vous faut apprendre
à devenir le bon passeur de vos âmes.












Continuez et le flot de votre parole
vous conduira à la mer,
continuez et votre souffle
deviendra semblable à ce vent
qui gifle les pierres,
griffe la poussière.


Continuez,
l’aube vivante vous parlera d’aurores vivantes !


Continuez,
vos âmes franchiront
le passage de cet hiver
comme elles ont déjà franchi
tant d’autres saisons !


Continuez,
et c’est par la voix devenue main,
c’est par ce sang devenu encre,
que vous chasserez toute peur
et entrerez vivants dans la lumière !





 




Ouvre- toi à la lumière,
elle te fera grandir
non dans la mémoire des hommes
mais dans la mémoire
de la terre, du feu et du vent.



 



Tout ici palpite d’une vie plus grande,
tout ici aspire à un espace plus grand,
tout  ici habite et est habité.

Ce métier a façonné notre âme,
il suffit d’écrire pour ne pas plier,
il suffit d’écrire pour vaincre l’obscurité.

Repoussons un peu plus loin l’incertitude
nos craintes et nos peurs,
nous sommes des gardiens
et nous devons veiller
sans frémir ni trembler,
nous sommes les gardiens
d’un passage vers l’éternité.





 


Notre plus grande erreur fut de réduire le corps
aux dimensions du corps,
faire abstraction de l’esprit
c’est couper le cordon qui nous relie à l’univers.









 « C’est le gémissement de ton âme oubliée, O ! Maudit »

A. GUERNE    Le Temps des signes






J’ai allumé un feu dans la nuit de vos pas
et j’ai vu le chemin qui conduisait à vos âmes.







Il était de pierres blanches et entre ces pierres
l’herbe continuait à se frayer
un passage vers la lumière.






Il y a de ces évènements
qui précipitent l’âme au ciel,
et des élans qui ressemblent à des chutes.





 




Éternelle ici la douleur, éternel est le signe,
mais de cette douleur et de ce signe 
faites-vous une parure de joie.





 


Voici qu’il brûle
et voici qu’il tombe
cet oiseau mystique
signe gravé dans la cire du temps,
Voici qu’il brûle
et voici qu’il tombe,
et tous d’être
en attente d’un brasier
au seuil du labyrinthe.

Voici qu’il tombe
et voici qu’il brûle,
voyez tous sa fin
sculptée dans la chair du temps.









« Ceux qui dorment, qu’ont-ils à dire du sommeil et du vent ? »

A.GUERNE  Le Temps des signes







Je rêve parfois de ne pas rêver
et de dormir tel un rocher
ou comme un arbre
soudé par ses racines profondes.
Je rêve parfois de ne pas rêver
d’être une rivière, une  onde,
un fragment du monde
mais le jugement des hommes est là
pour torturer les hommes.



 
 « Sombre sang ! Sombre sang
Tout éclatant d’orages taciturnes
Et de feux noirs,
Hanté de foudres endeuillées
Toujours debout sur tes abîmes,
Toujours furieusement, toujours férocement
Silencieuses, prophétiques,
Comme une main du ciel
Sur l’océan de ta colère ou comme
Le monogramme du mystère ! »



A GUERNE   Le temps des signes
Le visionnaire aveugle 


Sombre sang ! Sombre sang !
C’est la nuit qui saigne sur nos genoux,
c’est la nuit tout emmaillotée de brumes
qui dort en son grand rituel sous la lune.

Sombre sang ! Sombre sang !
Et toi que viens-tu voler ici
dans l’ombre grandissante du troupeau ?
Que viens-tu prendre ici
autre que ce qui t’appartenait déjà ?

Sombre sang ! Sombre sang !
Il a suffit d’un signe, d’un geste,
pour faire croître sur cette terre
la sève noire des grands massacres.

Sombre sang ! Sombre sang !
C’est la nuit qui veut renaître sous la terre,
c’est l’île muette où les êtres nus
ne parviennent plus à se reconnaître.

Sombre sang ! Sombre sang !
C’est l’arène tout entière
qui disparaît dans l’ombre
du poulpe noir de la foule.

Sombre sang ! Sombre sang !
Le siècle bascule
entre ferrailles et aubes tordues,
des jardins brûlent,
le poète se lève,
précipite son verbe vers l’abîme
et son cri claque comme un grand cri de guerre :
Sombre sang ! Sombre sang !




 



Chaque jour ici
je soulève mon propre poids de poussière,
chaque aube révèle ma nudité.






Je ne compte plus ici
mes pas et mes chutes,
je ne compte plus,
et c’est peut-être là encore
toute ma force.










Voici tout ici est porté
et l’astre sous mes paupières salue l’éternité,
est-ce bien là l’unique, la seule pauvreté ?
j’ai voyagé en ma mort
je vous en ai rapporté une chair,
des nerfs, du sang et des os,
j’ai voyagé
et j’en suis aujourd’hui à ma troisième mort.





 




« Sois donc ce  fruit muet qui prophétise
Et ce long tremblement dressé contre le cœur!
Toi l’éternel enfant d’un verbe nu
La langue dépouillée de toutes aventures ! »


A.GUERNE   Le temps des signes






 


Trop de paroles, trop de verbes !
Continuez à gravir
tout en maîtrisant la pratique du silence,
c’est au sommet seulement que peut être enseignée
la non-présence de tout sommet.




 

Sonore est le feu,
Sonore est la terre,
nous portons en nous le résumé de l’univers
et nous ignorons tout du chemin de nos âmes.

Sonore est le feu,
Sonore est la pierre,
tous nos breuvages sont âpres
et enflamment la multitude de nos veines.

Sonore est le feu,
sonore est la pierre,
en cette grande spirale du verbe
où le sang sombre
d’une humanité livide
alimente en souffrances et en doutes
un esprit dévoré par le néant de son double.








Que cherchait-il d’autre
ce peintre aux signes furieux
aux constellations bousculées, confuses,
traces éruptives traversées par d’étranges météores,
que cherchait-il d’autre
que ce masque posé depuis le commencement
sur ce grand corps de la terre
assoiffé de sang et de feu ?

 



 

Dispersés dites vous ?
Tant mieux !
Vous ne pourrez ainsi que mieux essaimer.












 « Le sauvage, c’est lui ; le féroce c’est lui,
le mortel ennemi et la source éternelle des ombres.
Plus magnifiquement que tous, il vit sa mort.»


A.GUERNE    Le temps des signes







Nous sommes nés sauvages
une journée de juin sur le versant d’un mont,
nous étions trois et le verbe nous traversait,
nous étions trois
et tournait tout autour
le futur grand orage des hommes.













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